Un nième projet éolien menace un habitat préservé aux confins des départements de Loire-Atlantique (44) et Maine-et-Loire (49) sur la commune de LoireAuxence à Belligné.
Visite suggérée du projet de site éolien carte IGN 1422 O Varades.
Situé sur la frontière historique Bretagne-Anjou, la partie ouest de Belligné a connu une histoire mouvementée à l'époque de la Grande Gabelle, avant de sombrer dans un relatif oubli qui a préservé nature, paysage et patrimoine.
La commune nouvelle de LoireAuxence, c'est bien sûr la Loire mais aussi la Galerne, autrement dit le bocage autour de la Vallée de l'Auxence.
Ce cadre de vie s'inscrit entre le bourg de Belligné (44) à l'ouest, la vallée de l'Auxence et la Chapelle Saint Sauveur (44) au sud, le bois des Charmeraies de la Cornuaille (49) au nord et le Bois des Loges du Louroux-Béconnais (49) au nord-est et Saint Sigismond (49) à l'est.
En Loire-Atlantique, plat pays, Belligné fait figure de point culminant à plus de 90m (sommet de Belligné à la Mostière 94m route de Maumusson). Nous sommes ici sur une des hauteurs de Loire-Atlantique.
Ces collines sont les restes d'une très vieille montagne qui s'est aplanie, le Massif Armoricain : depuis les Monts d'Arée, la Suisse Normande, les Alpes Mancelles (Mont des Avaloirs, sommet de l'ouest à 416m), le Mont des Alouettes et jusqu'à la Corniche Angevine...
Ce coin de verdure est très vallonné, ce qui se ressent vite à bicyclette si on circule selon l'axe nord-sud... L'axe est-ouest est bien plus calme, ce sont les vallées à ruisseaux et rivières.
Les deux ruisseaux Auxence (17 km) et Vernoux (19km) coulent singulièrement en sens inverse de la Loire avant de se jeter dans la Romme puis la Loire à Champtocé (49).
La nature
Entre Auxence et Charmeraies, la nature est très riche, si on compare au reste du département de Loire-Atlantique (44). Trois bois situés sur la Cornuaille au nord limitent la zone (carte) : bois de Rougé, Bois des Charmeraies et bois des Loges. D'autres bois plus modestes et le parc du Château de la Gallerie entourent la colline au sud.
Le bois des Charmeraies à la Cornuaille (49) est classé ZNIEFF, remarquable dans par sa richesse et loge des espèces et plantes rares (sarcelle d'hiver, engoulevent, papillons, salamandre, gogane...). Cette richesse naturelle n'est d'ailleurs pas répertoriée complètement (en 2021).
La zone d'implantation des éoliennes, toute proche de ce bois (moins d'un kilomètre) impactera fortement le biotope actuel, particulièrement les oiseaux sédentaires et migrateurs, attirés par les zones humides (prairies, mares).
Plusieurs étangs se trouvent dans la vallée. Le ruisseau le Vernoux (19km) contourne par le nord le Bois des Charmeraies et débouche sur l'Étang de la Clémencière à la Cornuaille (49) classé aussi ZNIEFF pour rejoindre ensuite la Romme (32km) qui se jette dans la Loire à Champtocé.
On observe un gibier abondant depuis les sentiers et chemins ruraux qui serpentent entre Auxence et Charmeraies : chevreuils, perdrix, lièvres, faisans, sangliers....
Des hérons cendrés, grande aigrette et garde-boeufs sont présents surtout à la mi-saison. De nombreuses chauve-souris sont facilement observables les soirs d'été aux abords des maisons et dans les chemins.
Des colonies d'hirondelles de cheminée, martinets noirs, corbeaux freux -qui logent sur les peupliers de l'Auxence-, des chouettes effraies et chevèche, des buses ou encore la célèbre huppe fasciée, des rouge-queue ou pic épeiche sont bien présents.
On a aussi pu noter d'autres oiseaux plus rares : le busard Saint Martin qui plane sur les champs, l'oedicnème criard qui niche par terre, le milan royal qui vole plus haut avec les buses, etc. Des migrateurs se posent dans les zones humides : oies sauvages, bécassine...
L'association VCNA organise des sorties d'observation ornithologiques Action
Le paysage agricole est passé aux pratiques intensives. Le remembrement a réuni des parcelles morcellées, surtout en exploitation, ce qui a conduit à une augmentation notable de la taille des engins agricoles. La mécanisation et les pratiques intensives ont rasé les haies et même drainé et traité chimiquement des zones humides. Une erreur qui se répète aujourd'hui encore.
Toutefois, certains agriculteurs maintiennent une agriculture respectueuse de la nature et qui permet d'obtenir la qualité. En particulier, des bovins sont ici élevés avec maintien du fanage, sans faire de l'enrubanage qui devient la norme. Nourris au fourrage, ils produisent une viande "qualité bouchère" remarquable.
On note aussi quelques vignes sur les côteaux, derniers vestiges aux plants hybrides (54-55, noah, baco, oberlin...).
Belligné recèle un capital culturel et patrimonial apparemment oublié des guides touristiques, qui sont focalisés sur la Loire. Elle conserve en effet des villages anciens (avant la Révolution) dans un bocage encore vivant (les haies n'ont pas été arrachées). N'oublions pas non plus certaines bâtisses très anciennes dans bourg de Belligné.
Un bon aperçu du patrimoine de Loireauxence fut couché sur le papier par les éditions Flohic en 1999. Vous ne trouverez hélas plus d'exemplaire à la bibliothèque de Belligné (2 tomes pour la Loireatlantique) puisqu'ils ont été envoyés au... PILON (livre en video).
aperçu : Le Patrimoine des Communes de la Loire-Atlantique
Ceux qui ont à coeur de restaurer et d'entretenir le patrimoine voient d'un oeil désolé l'installations d'éoliennes industrielles en pleine campagne. Tous ceux qui ont déposé un permis de construire qu'il a fallu justifier devant leur Mairie tatillonne (surface, matériaux...), ceux qui ont dû suivre "à la lettre" l'architecte des bâtiments de France avec de gros frais, tous les amoureux du patrimoine s'étonnent des permis de bétonner délivrés sans aucune retenue à des installations de 150m de haut visibles à des dizaines de kilomètres à la ronde.
Sous l'Ancien Régime, le privilège de Grande Gabelle taxait le prix du sel en Anjou : 20 fois supérieur à la Bretagne. Le traffic de sel constituait une manne mais "à risque" pour les passeurs, qui mena à de nombreuses échauffourées avec les forces de l'ordre (cf journal histoire Ancenis).
Dans le village de Lasseron, à l'époque aussi gros que le bourg de Belligné, ces grandes heures de "l'or blanc" se sont traduites par la construction d'un grenier à sel, d'un tribunal et d'une prison. La fameuse "Virée de Galerne" des Chouans est passée par ici. Un prêtre réfractaire, l'abbé Noël PINOT, se réfugiait dans les fermes avoisinantes entre Auxence et Pontron. Un monument le rappelle à Lasseron.
Le Château de la Galerie, autrefois "La Vieille Cour" à Belligné fut démoli à la révolution, puis reconstruit plus tard -toiture en pagode au goût oriental par un propriétaire de retour d'Asie. Son parc est remarquable avec des arbres bi-centenaires et des cyprès chauves. Le Château de la Verrie (plus loin route de Candé) verra lui aussi les pales tourner à ses fenêtres...
Le village du Coudray compte une ferme de 1599 et le Manoir de la Plesse de 1715 (pierres gravées). On comptait dans ce village autant de fours à pains que de maisons. Symbole de liberté, car le privilège de cuire le pain n'était pas accordé partout. La règle était alors de cuire au four banal (commun). Ces droits chèrement acquis tombent hélas en désuétude, puisque les fours à pains sont aujourd'hui délaissés et même détruits par les néo-ruraux (dernier exemple en date en 2022)... Mêmes les vieilles charpentes en chêne semblent gêner et sont remplacées par des bois résineux, bonheur des termites.
De nombreuses fermes quadrillent littéralement cette ZAP (Zone A Préserver) en autant de lieux-dits : Lasseron - Le Coudray - Le Haut Rocher - La Davière - Les Châtelliers Est - Les Hautes et Basses Chauvinières - Le Mortier Quinet - Le Chêne Caudet - Bichat - La Gallerie avec de nombreuses dépendances et détails dignes d'intérêt architectural et patrimonial : cheminées, ouvertures en tuffeau crème (de Saumur) ou gris-bleuté (de Nantes), charpentes en chêne, puits en pierre (ardoise et mœllons), étables, écuries, soues à cochons, moulins, fours à pain en briquette...
Les matériaux nobles et variés issus de la richesse locale se mêlent dans les constructions :
-l'ardoise d'Anjou (gisements de "l'Anjou bleu" dès la Cornuaille)
-les pierres schisteuses plates
-les moellons rouges, parfois énormes
-le tuffeau de Saumur blanc crème (portes, fenêtres)
-le tuffeau bleu-gris de Nantes, introuvable aujourd'hui (carrière fermée)
-les terres cuites (carreaux, fours, cheminées)
-les charpentes en chêne massif assemblées à tenons et mortaises, planchers en fuseaux de châtaignier, etc.
Les couvertures sont en ardoise (nord-Loire) à forte pente et sont une transition entre Bretagne et Anjou (lignolet ou faîtage à noeuds, souvent sans pignon).
Ces bâtiments datant de l'Ancien régime sont pour beaucoup demeurés intacts jusqu'au XXIe siècle, grâce à l'oubli relatif de ce petit coin aux marches de Bretagne historique, devenu Pays-de-Loire au XXe siècle. Ils constituent un patrimoine rural dont la valeur doit être soulignée à notre époque d'urbanisation anarchique (pilônes, antennes et permis de construire en pleine nature).