Situé sur la frontière historique Bretagne-Anjou, la partie ouest de Belligné a connu une histoire mouvementée à l'époque de la Grande Gabelle, avant de sombrer dans un relatif oubli qui a préservé nature, paysage et patrimoine.
Belligné fait partie des points culminants de Loire-Atlantique à plus de 90m et recèle un capital culturel et patrimonial oublié des guides touristiques, qui se focalisent sur la Loire. Belligné abrite en effet des villages anciens du XVIIIe (avant la Révolution) dans un bocage encore vivant (les haies n'ont pas toutes été arrachées).
Sans grande prétention géographique ou historique, nous voulons juste donner un aperçu de ce petit territoire, somme toute encore riche en surprises et qui mérite le détour (si vous passez par la Loire ou dans le bocage).
Topographie
La commune nouvelle de LoireAuxence, c'est bien sûr la Loire mais aussi la Galerne, autrement dit le bocage autour de la Vallée de l'Auxence.
Ce cadre de vie s'inscrit entre le bourg de Belligné (44) à l'ouest, la vallée de l'Auxence et la Chapelle Saint Sauveur (44) au sud, le bois des Charmeraies et l'étang de la Clémencière de la Cornuaille (49) au nord et le Bois des Loges du Louroux-Béconnais (49) au nord-est et Saint Sigismond (49) à l'est.
En Loire-Atlantique, plat pays, Belligné culmine à plus de 90m (sommet de Belligné à la Mostière 94m route de Maumusson). Nous sommes ici sur une des hauteurs de Loire-Atlantique.
Ces collines sont les restes d'une très vieille montagne qui s'est aplanie, le Massif Armoricain : les Monts d'Arée, la Suisse Normande, les Alpes Mancelles (Mont des Avaloirs, sommet de l'ouest de la France à 416m), le Mont des Alouettes et jusqu'à la Corniche Angevine...
Ce coin de verdure est donc vallonné, ce qui se ressent vite à bicyclette si on circule selon l'axe nord-sud... En revanche l'axe est-ouest est bien plus calme, car ce sont des lignes de crête et vallées à ruisseaux et rivières.
Les deux ruisseaux Auxence (17 km) et Vernoux (19km) coulent singulièrement en sens inverse de la Loire avant de se jeter dans la Romme puis la Loire à Champtocé (49).
Visite suggérée du projet de site éolien carte IGN 1422 O Varades.
La nature
Entre Auxence et Charmeraies, la nature est très riche, si on compare au reste du département de Loire-Atlantique (44). Trois bois situés sur la Cornuaille au nord limitent la zone (carte) : bois de Rougé, Bois des Charmeraies et bois des Loges. D'autres bois plus modestes et le parc du Château de la Gallerie entourent la colline au sud.
Le bois des Charmeraies à la Cornuaille (49) est classé ZNIEFF, remarquable dans par sa richesse en espèces et plantes rares (chiroptères, sarcelle d'hiver, engoulevent, salamandre, gogane, papillons et insectes...). Cette richesse naturelle n'est d'ailleurs pas répertoriée complètement (en 2021).
La zone d'implantation des éoliennes, toute proche de ce bois à moins d'un kilomètre impactera fortement le biotope actuel, particulièrement les oiseaux sédentaires et migrateurs, attirés par les zones humides (prairies, mares).
Plusieurs étangs se trouvent dans la vallée. Le ruisseau le Vernoux (19km) contourne par le nord le Bois des Charmeraies et débouche sur l'Étang de la Clémencière à la Cornuaille (49) classé aussi ZNIEFF pour rejoindre ensuite la Romme (32km) qui se jette dans la Loire à Champtocé.
On observe un gibier abondant depuis les sentiers et chemins ruraux qui serpentent entre Auxence et Charmeraies : chevreuils, perdrix, lièvres, faisans, sangliers....
Des hérons cendrés ou blancs, grande aigrette et garde-boeufs sont présents surtout à la mi-saison. De nombreuses chauve-souris sont facilement observables les soirs d'été aux abords des maisons et dans les chemins.
Des colonies d'hirondelles de cheminée, martinets noirs, corbeaux freux -qui logent sur les peupliers de l'Auxence-, des chouettes effraies et chevèche, des buses ou encore la célèbre huppe fasciée, rouge-queue ou pic épeiche sont bien présents.
On a aussi pu noter d'autres oiseaux plus rares : le busard Saint Martin qui plane sur les champs, l'oedicnème criard qui niche par terre, le milan royal qui vole plus haut avec les buses, l'élanion blanc, etc. Des migrateurs se posent dans les zones humides : oies sauvages, bécassine...
L'association VCNA organise des sorties d'observation ornithologiques Action
Le paysage agricole est passé aux pratiques intensives. Le remembrement a réuni des parcelles morcellées, surtout en exploitation, ce qui a conduit à une augmentation notable de la taille des engins agricoles. La mécanisation et les pratiques intensives ont rasé les haies et même drainé et traité chimiquement des zones humides. Une erreur qui se répète aujourd'hui encore.
Toutefois, certains agriculteurs maintiennent une agriculture respectueuse de la nature et qui permet d'obtenir la qualité. En particulier, des bovins sont ici élevés en pâture avec maintien du fanage, sans l'enrubanage qui devient la norme. Nourris au fourrage, ils produisent une viande "qualité bouchère" remarquable.
On note aussi quelques vignes sur les côteaux, derniers vestiges aux plants hybrides (54-55, noah, baco, oberlin...).
Belligné recèle un capital culturel et patrimonial largement oublié des guides touristiques, qui se focalisent sur la Loire. Des villages anciens du XVIIIe et avant largement préservés animent un bocage encore vivant (les haies n'ont pas encore été arrachées). N'oublions pas non plus certaines bâtisses très anciennes dans les bourgs de Belligné, Varades, La Rouxière et la Chapelle Saint-Sauveur (video ci-dessous).
Un bon aperçu du patrimoine de Loireauxence fut couché sur le papier par les éditions Flohic en 1999. Cet éditeur a disparu et vous ne trouverez hélas plus d'exemplaire à la bibliothèque de Belligné (2 tomes pour la Loireatlantique) et pour cause, ils ont été envoyés par les gestionnaires au... PILON (cf livre en video).
aperçu : Le Patrimoine des Communes de la Loire-Atlantique
Vous remaquerez que certains monuments répertoriés en 1999 ont purement et simplement été rasés avec l'accord de la Mairie nouvelle de LoireAuxence !
Ceux qui ont à cœur de restaurer et d'entretenir le patrimoine voient d'un oeil désolé l'installation d'éoliennes industrielles en pleine campagne. Tous ceux qui ont déposé un permis de construire qu'il leur a fallu justifier devant leur Mairie tatillonne (surface, matériaux...), ceux qui ont dû suivre "à la lettre" l'architecte des bâtiments de France avec de gros frais, tous les amoureux du patrimoine s'étonnent des permis de bétonner délivrés sans aucune retenue à des installations de 150m de haut visibles à des dizaines de kilomètres à la ronde.
Tous les parcs éoliens avoisinants sont clairement visibles depuis le Mont Glonne (St Florent le Vieil).
Un peu d'histoire : sous l'Ancien Régime, le privilège de Grande Gabelle taxait le prix du sel en Anjou, qui était 20 fois supérieur à la Bretagne. Le traffic de sel constituait une manne "à risque" pour les passeurs, qui mena à de nombreuses échauffourées avec les forces de l'ordre (cf journal histoire Ancenis).
Dans le village de Lasseron, à l'époque aussi gros que le bourg de Belligné, ces grandes heures de "l'or blanc" se sont traduites par la construction d'un grenier à sel, d'un tribunal et d'une prison. La fameuse "Virée de Galerne" des Chouans est passée par ici. Un prêtre réfractaire, l'abbé Noël PINOT, se réfugiait dans les fermes avoisinantes entre Auxence et Pontron. Un monument le rappelle à Lasseron.
Le Château de la Galerie, autrefois "La Vieille Cour" à Belligné fut démoli à la révolution, puis reconstruit plus tard -toiture en pagode au goût oriental par un propriétaire de retour d'Asie. Son parc est remarquable avec des arbres bi-centenaires et des cyprès chauves. Le Château de la Verrie (plus loin route de Candé) verra lui aussi les pales tourner à ses fenêtres...
Le village du Coudray compte une ferme de 1599 et la Plesse, manoir de 1715 (pierres gravées). Dans ce village aux grandes propriétés, on comptait autant de fours à pains que de maisons. Symbole de liberté, car le privilège de cuire le pain n'était pas accordé partout. La règle était de cuire au four banal (commun). Ces droits chèrement acquis tombent hélas en désuétude, puisque les fours à pains sont aujourd'hui délaissés et même détruits par les néo-ruraux (dernier exemple en date en 2022)... Mêmes les vieilles charpentes en chêne semblent gêner ceux qui rénovent et sont remplacées par des bois résineux, bonheur des termites.
De nombreuses fermes quadrillent littéralement cette ZAP (Zone A Préserver!) en autant de lieux-dits : Lasseron - Le Coudray - Le Haut Rocher - La Davière - Les Châtelliers Est - Les Hautes et Basses Chauvinières - Le Mortier Quinet - Le Chêne Caudet - Bichat - La Gallerie avec de nombreuses dépendances et détails dignes d'intérêt architectural et patrimonial : cheminées, ouvertures en tuffeau crème (de Saumur) ou gris-bleuté (de Nantes), charpentes en chêne, puits en pierre ( mœllons et dessus en grosses ardoises), étables, écuries, soues à cochons, moulins, fours à pain en briquette...
Quand, interrogée publiquement (19/02/2026) sur le « patrimoine de Loireauxence », Mme Carole Dubois-Avignon, "adjointe aménagement du territoire" et accessoirement universitaire "chercheur en histoire médiévale", observe des « murs en pierre sèche » sur Loireauxence, on peut se demander si jamais elle se promène dans sa commune.
Les murs et murets sont quasiment tous en mœllons montés à la terre argileuse et chaulée. Parfois on trouve de la terre ou paille au milieu des murs. L'essentiel c'est la peau du mur : l'enduit à la chaux au sable argileux (orangé) dans le bocage ou au sable de Loire dans la vallée. Si jamais vous voyez un mur ancien en pierre sèche sur Loireauxence, merci de nous contredire !
Les matériaux nobles et variés issus de la richesse locale se mêlent dans les constructions :
-l'ardoise d'Anjou (gisements de "l'Anjou bleu" dès la Cornuaille)
-les pierres schisteuses plates
-les moellons rouges, parfois énormes
-le tuffeau de Saumur blanc crème (portes, fenêtres)
-le tuffeau bleu-gris de Nantes, introuvable aujourd'hui (carrière fermée)
-les terres cuites (carreaux, fours, cheminées)
-les charpentes en chêne massif assemblées à tenons et mortaises, planchers en fuseaux de châtaignier, etc.
Les couvertures sont en ardoise à forte pente (ce qui signe le nord-Loire) et sont une transition entre Bretagne et Anjou (lignolet ou faîtage à nœuds, souvent sans pignon).
Ces bâtiments datant de l'Ancien régime sont pour beaucoup demeurés intacts jusqu'au XXIe siècle, grâce à l'oubli relatif de ce petit coin aux marches de Bretagne historique, devenu Pays-de-Loire au XXe siècle. Ils constituent un patrimoine rural dont la valeur doit être soulignée à notre époque d'urbanisation anarchique (pilônes, antennes et permis de construire en pleine nature).